Des dispositifs particuliers pour répondre aux situations de violences conjugales et intrafamiliales engendrées par le confinement à domicile dû à la crise du coronavirus

La période prolongée de confinement consécutive à la pandémie de Covid-19 qui paralyse actuellement de nombreuses régions du globe entraîne son lot de situations de crise individuelles aux conséquences parfois dramatiques. C’est le cas chez nous des violences conjugales dont le nombre a augmenté de manière significative depuis la mise en place des mesures strictes de maintien à domicile. Et les familles migrantes n’échappent pas à cette escalade alarmante. C’est la raison pour laquelle des dispositions particulières ont été prises à l’intention de ce public.

En Belgique, une ligne d’écoute d’urgence pour les violences conjugales fonctionne en permanence, c’est le 0800/30 0 30. Il s’agit d’un service anonyme d’écoute et d’accompagnement dont une des caractéristiques est qu’il n’est pas habilité pour intervenir lui-même en cas de danger. En cas d’extrême urgence, l’appel à la police reste la voie la plus directe et la plus sûre pour déclencher une aide rapide.

La période particulière liée à la crise du coronavirus et la recrudescence des cas de violences conjugales et intrafamiliales qui en a découlé ont donné lieu à la mise sur pied d’une task force « Violence conjugale et confinement », spécialement créée pour travailler sur cette question, que ce soit en Région wallonne ou en Région de Bruxelles-Capitale. Une des visées essentielles de cette force opérationnelle temporaire est de renforcer le nombre de places d’accueil disponibles pour accueillir les personnes en danger. En Wallonie, cet objectif se traduit par l’augmentation du volume de personnel employé dans les maisons d’accueil et par la location de chambres d’hôtel.

Une écoute et une orientation

La spécificité des personnes migrantes, et tout particulièrement des femmes, nécessite cependant des mesures d’accompagnement complémentaire. Isolement, difficultés de compréhension de la langue, déracinement et absence de réseaux personnels, méconnaissance des structures et institutions du pays d’accueil, les obstacles sont nombreux pour ceux, et surtout celles, placés face à une situation d’urgence parfois vitale. Si certains de ces handicaps ne peuvent être résolus qu’à long terme via un accompagnement personnalisé, des réponses peuvent être apportées par des actions d’aide et d’information.

C’est le cas de l’offre mise sur pied par le projet européen ACCESS. Celui-ci s’est donné pour mission de « faciliter l’accès à la prévention, à la protection et au soutien des femmes migrantes en Europe confrontées aux violences de genre », le genre étant décrit comme « une construction sociale et culturelle qui établit pour chaque sexe les rôles et les comportements « appropriés ». » Son objet va donc bien au-delà des violences conjugales et intrafamiliales, puisqu’il s’étend aux violences sexuelles, aux mutilations génitales féminines (dont l’excision, mais pas uniquement), au mariage forcé, à l’exploitation sexuelles, etc.

C’est dans ce cadre qu’ACCESS propose une écoute et une orientation dans plusieurs langues, 9 plus exactement : le français, l’anglais, le néerlandais, l’arabe, l’espagnol, le somalien, le peul, le tigrigna et l’amharique. Son site Internet, outre un mapping des services existants et une série de vidéos sur les violences conjugales disponibles dans ces 9 langues, offre une possibilité de tchat.

Une brochure récapitulative

De son côté, La Wallonie met à disposition des victimes concernées une brochure intitulée « Migrant.e et victime de violences conjugales ». Réalisée avec la collaboration active du SeTIS wallon, service d’interprétariat en milieu social subsidié précisément par La Wallonie, cette publication est également disponible en plusieurs langues : le français, l’anglais, l’allemand, le néerlandais, l’espagnol, le portugais, l’arabe, l’albanais, le russe, le turc, le pachto, le dari et le swahili. Elle rappelle succinctement les différentes formes de violence conjugale et familiale en récapitulant ses formes principales : administrative (menace de retirer les papiers ou de retour au pays), financière (maintien de la personne sans argent, sans nourriture ou sans chauffage), physique (frapper, bousculer, étrangler), sexuelle (imposer ou forcer un rapport sexuel), verbale (insultes, menaces) et psychologique (menaces, enfermement, empêchement d’étudier ou de travailler, humiliations).

Ce rappel est accompagné d’un volet résumant les pistes d’actions concrètes applicables dans les cas de violences précités. Des institutions et organismes périphériques traditionnels (le médecin de famille, l’école des enfants, l’ONE, etc.) aux numéros de police (le 101) et des secours (le 112) pour porter plainte ou fuir lesdites violences, la palette de pistes d’urgence mobilisables à plus ou moins court terme sont rappelées dans ce petit dépliant. Avec, en exergue, le numéro de téléphone d’Écoute Violences Conjugales, accessible gratuitement et anonymement, et mobilisable à tout moment, le 0800 30 0 30, ainsi que le lien Internet qui correspond, www.ecouteviolencesconjugales.be.

Dominique Watrin