Le rapport annuel 2019 de Fedasil : entre hausse des demandes d’asile et prolongation de la durée de séjour

Fedasil, l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile, est un opérateur qui fait régulièrement parler de lui, au rythme des crises humanitaires liées aux migrations, et des problématiques et débats liés à l’accueil des migrants. Son rapport annuel est donc tout à la fois un état des lieux de ses actions au cours d’un exercice et un aperçu de l’évolution de la prise en charge des migrations pendant la même période. L’édition 2019 de ce rapport n’échappe pas à la règle et distille une série d’informations qu’il est loisible, pour les observateurs avisés, d’analyser à la lumière des événements survenus, tant dans ce laps de temps que précédemment.

Pour rappel, Fedasil est un organisme qui a été créé en 2001 et est opérationnel depuis 2002. Il est chargé de l’accueil des demandeurs de protection internationale auxquels il garantit la qualité et la conformité des différentes structures d’accueil. Parallèlement à cette première mission, il coordonne l’organisation des retours volontaires vers les pays d’origine, tout en menant un travail d’information sur ce plan auprès des migrants et de ses partenaires.

Un réseau d’accueil progressivement saturé

Les deux tendances majeures observées au cours de l’exercice 2019 de Fedasil sont une hausse significative des demandes d’asile et une prolongation de la durée de séjour dans les structures d’accueil. Celles-ci se traduisent très logiquement par une augmentation du nombre de personnes prises en charge par l’agence fédérale et ses partenaires. Cette hausse amorcée depuis l’été 2018 s’élève à 18% par rapport à 2018. En 2019, 23.158 personnes ont ainsi intégré le réseau d’accueil de Fedasil pendant que 15.875 autres personnes quittaient ce même réseau, soit un solde positif d’arrivées de 7.283 personnes au cours de l’année. Cela correspond à un volume de 600 personnes supplémentaires accueillies en moyenne chaque mois. Les principaux pays d’origine de ces nouveaux arrivants étaient la Palestine (14%), ainsi que la Syrie et l’Afghanistan (11% chacun).

Conséquence de cet afflux, le réseau d’accueil est arrivé progressivement à saturation au point qu’à la fin 2019, son taux d’occupation était de 97%, soit une hausse de près de 10% par rapport au commencement de l’exercice. Un nombre conséquent de centres d’accueil dépassaient même les 100% d’occupation. Cet état de fait a amené Fedasil à accroître constamment sa capacité d’accueil, via l’ouverture de centres temporaires et l’ajout de lits supplémentaires, parfois de fortune (tentes, containers, etc.), dans les centres existants. Plus de 5000 places supplémentaires ont ainsi été créées en 2019. Un total de 69 centres collectifs, auxquels s’ajoutaient les logements individuels, offraient 26.754 places dans le réseau fin 2019. La répartition des places entre opérateurs voyait émerger un trio : Fedasil (9056 places), la Croix-Rouge francophone (6716) et les CPAS (6014), loin devant la Rode Kruis Vlaanderen (3627) et les autres partenaires (1341).

Une majorité de familles

Fin 2019, le profil des personnes accueillies était sans surprise emmené par les familles (51%) et les hommes isolés (37%), pour un pourcentage anecdotique de femmes isolées et de Mena (mineurs étrangers non accompagnés), environ 6% chacun. La proportion hommes-femmes était d’approximativement 2/3-1/3, 66% contre 34. Le statut administratifs de ces personnes était très majoritairement celui de demandeur de protection (91%). La capacité d’accueil des Mena était stable à 1692 places, mettant fin à une chute significative observée en 2016 et 2017. Ces Mena étaient très majoritairement des garçons (91% pour 9% de filles) et des jeunes âgés de 16 ans et plus (77%). Leur pays d’origine était essentiellement l’Afghanistan (58%), suivi de loin par la Guinée (8%), l’Érythrée (6%), la Somalie (5%), la Syrie (3%), un ensemble d’autres pays se partageant les 20% restants.

Une baisse des retours au pays

Depuis 2013, la Belgique accueille, via un programme structurel de réinstallation, un quota de réfugiés dits « vulnérables ». Au cours des dernières années, ces réfugiés provenaient surtout de Syrie, de Turquie, du Liban et de Jordanie, auxquels s’ajoutaient des Congolais des régions des grands lacs et des migrants détenus en Libye. Ces réfugies étaient quasiment tous des familles (97%). Alors que l’engagement de la Belgique était d’accueillir 2000 personnes durant la période 2018-2019, les opérations de réinstallation ont été suspendues dès juillet 2019, suite à la saturation du réseau d’accueil de Fedasil. Un total de 239 personnes ont néanmoins été réinstallées en 2019 dans notre pays, portant le nombre global à 1119 pour la période 2018-2019.

Un total de 2426 migrants se sont, quand à eux, inscrits dans le programme de retour volontaire au pays et 46% d’entre eux ont bénéficié d’une aide supplémentaire  destinée à faciliter leur réintégration dans leur pays d’origine. Cette aide est destinée à aider ces migrants à répondre à certains problèmes qu’ils rencontrent à leur retour (rénovation ou location d’une habitation, recherche d’un emploi, frais médicaux, etc.). Par rapport aux chiffres de 2018, ceux de 2019 représentent une diminution de 19%  de personnes retournées, ce qui atteste d’une chute significative du nombre de personnes choisissant cette option. La majorité des personnes ayant opté pour ce choix (63%) étaient des étrangers sans titre de séjour valable. Les pays de destination les plus représentés étaient le Brésil (19%), la Roumanie (14%) et l’Ukraine (12%).

Dominique Watrin

Le rapport annuel 2019 de Fedasil est disponible via le lien suivant : http://www.fedasil.be/docs/2019/rapport_annuel_2019/mobile/index.html