Un dossier « Racisme, médias et société » de Média Animation pour aider ceux qui veulent contribuer à renverser un système de domination

Ils sont nombreux les opérateurs qui analysent et dénoncent le racisme et sa présence dans les médias. Cette fois, c’est l’asbl Média Animation, organisation d’éducation permanente connue comme centre de ressources en communication et éducation aux médias en Communauté française de Belgique, qui se fend d’une publication particulièrement complète et fouillée pour s’attaquer une fois au phénomène. Outre son volume appréciable (près de 164 pages), ce document présente la particularité non négligeable d’avoir été réalisé avec le soutien de la RTBF et de ses responsables diversité et égalité d’une part, éducation aux médias d’autre part.

L’intitulé du dossier ne laisse aucune équivoque sur la thématique colossale et récurrente à laquelle il s’attaque : « Racisme, médias et société ». Et la question que la brochure pose et met en exergue en quatrième de sa couverture cerne tout autant la question fondamentale qu’elle compte aborder dans son contenu : « Une société tolérante ? » Une interrogation générale qui en induit deux autres, détaillées quelques lignes plus bas : « Quel rôle les médias jouent-ils alors dans la reproduction des inégalités ? Permettent-ils de les réduire ? »

Le postulat du propos de cette démonstration par le concret est que la société reste gangrénée par le racisme malgré les beaux discours sur l’égalité et la tolérance. Avec des rédactions de médias d’information toujours majoritairement blanches, avec un regard sur les sociétés étrangères toujours partiel et partial, avec le cinéma qui distribue toujours les rôles en fonction de stéréotypes réducteurs… Pour analyser ces mécaniques diverses, la brochure fait appel à une multitude d’exemples issus des médias populaires, offrant ainsi une nouvelle opportunité d’identifier à la fois ce qu’elle appelle « les routines discriminantes » et « les leviers d’action pour les endiguer ». Et elle y ajoute un défi lancé aux industries culturelles et médias d’information : « comment composer un récit plus juste sur le monde et ses habitant-e-s ? »

« Du racisme ? Chez nous ? »

La copieuse analyse de Média Animation se subdivise en quatre chapitres phares. Le premier, inévitable dans un dossier qui se veut avant tout pédagogique, est un volet qui se penche sur la notion de racisme. « Du racisme ? Chez nous ? » (re)plonge le lecteur dans les interrogations liées par essence au thème central de ses préoccupations : cela part des définitions du mot « racisme » pour enchaîner sur « la fabrique du racisme en cinq étapes », jusqu’à la question de « Pourquoi parler de « race » ? », sans éluder la question du racisme anti-blanc.

Le deuxième chapitre intitulé « Le racisme dans la presse : entre invisibilité et stigmatisation » détaille, sur une trentaine de pages, les facettes sociétales du phénomène raciste, dans ce qu’il a de plus ordinaire. Il évoque tour à tour les « jeunes des quartiers populaires », les populations des quartiers populaires, la faible visibilité dans les médias des conséquences du racisme, la relation dans la presse de l’agression raciste vue davantage comme un fait divers que comme un phénomène de société, le racisme structurel, le racisme décomplexé dont sont témoins les journalistes du web, la tentation du clic (raciste) et les violences policières telles qu’elles sont relayées par la presse.

Une machine à stéréotypes ?

Dans la quarantaine de pages suivantes, le troisième chapitre s’attarde sur les médias, vus comme « machine à stéréotypes ». « L’autre » stéréotypé y est abordé à travers toutes les déclinaisons générées par les univers médiatiques. Il y a le monde du rire, celui du récit, celui du cinéma, celui de la pub, du sport… avec, dans chaque secteur, une analyse de la confrontation entre diversité et stéréotypes. Enfin, sur une autre quarantaine de pages, le quatrième chapitre se penche sur « les médias et le monde », en inversant le paradigme pour éclairer une vision de « Loin du cœur, loin des yeux ». Et les exemples ne manquent pas pour illustrer cette version détournée du célèbre diction. C’est ainsi que le dossier égrène successivement les écueils en matière de présence de la diversité dans les médias que sont notamment le surplace de la diversité visible dans les médias, la présence des clichés dans l’actualité, le marketing de la misère, la crise cachée des réfugiés, le cadrage sécuritaire,… jusqu’à la figure émotionnelle qui, d’Aylan à Mawda, bouleverse la routine médiatique.

Et la brochure de conclure sur plusieurs constats qui, à défaut d’être neufs, n’en sont pas moins bons à rappeler. Sans entrer dans les détails, le premier, exemplaire, est que « les bonnes intentions ne suffisent pas pour enrayer le racisme, elles sont même parfois utilisées pour éviter une remise en question. » Car il n’y a pas que la mauvaise intention qui est montrée du doigt. Le document relève, par exemple, que, selon le dernier baromètre 2019 de l’AJP (Association des Journalistes Professionnels), 98,61% des journalistes et photographes de la presse quotidienne sont « non issus de la diversité ». Et de poser la question fondamentale : « Comment notre presse peut-elle se targuer de représenter le monde et notre société quand elle ne les voit que sous la perspective d’une seule partie de notre société ? »

Conscient qu’une (r)évolution passe par une mobilisation de tous, Média Animation rappelle qu’« au niveau individuel, chaque citoyen-ne a une capacité d’action et peut dénoncer les traitements médiatiques qui invisibilisent ou caricaturent certaines catégories de la population. » Il établit, en outre, qu’« au niveau des entreprises médiatiques, il y a donc un véritable enjeu à mettre en place des plans d’action pour embaucher des profils plus diversifiés, mais surtout pour permettre aux personnes racisées de travailler sereinement sans subir de discriminations ou d’oppressions. » Enfin, il prédit avec lucidité que « ce travail ne se fera pas sans résistance », en mettant en évidence que « déconstruire ce qu’on a intégré comme « normal », mais surtout renverser un système de domination où celles et ceux qui possèdent des privilèges s’y accrochent nécessite du courage et de la détermination. »

Dominique Watrin

Le dossier « Racisme, médias et société » de Média Animation peut être consulté et téléchargé via le lien https://media-animation.be/RACISME-MEDIAS-ET-SOCIETE.html ou en format papier (gratuit + frais de port de 4€) par mail à v.mendieta@media-animation.be