Un mémorandum de la coalition NAPAR pour faire émerger un plan d’action interfédéral contre le racisme structurel attendu depuis près de vingt ans

Depuis près de 20 ans, il est un peu le monstre du Loch Ness en matière de racisme, celui dont on parle mais qu’on ne voit jamais. Il, c’est le plan d’action interfédéral contre le racisme structurel. Aujourd’hui, poussé par une coalition baptisée NAPAR, composée de 59 organisations francophones et néerlandophones de la société civile, un mémorandum vient de voir le jour. Son objectif ? Que le monde politique travaille au développement de politiques publiques antiracistes impactantes et à la création de ce plan. Un premier pas comprenant 50 propositions pour lutter contre les violences policières et le racisme systémique, et pour soutenir toutes les personnes concernées, au premier rang desquelles on retrouve les afro-descendants particulièrement affectés par les violences racistes.

L’émoi suscité par la mort de George Floyd, cet américain décédé le cou coincé sous le genou d’un policier lors de son arrestation, a fait émerger une onde de choc et un vent de révolte pour dénoncer, à travers le monde, les violences policières et les actes racistes. Au niveau de la Belgique, cette émotion prenait corps dans un contexte général tout à fait spécifique.

En 2001, lors de la Conférence mondiale de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, la Belgique s’était engagée à élaborer un plan national d’action contre le racisme. Quinze ans plus tard, en 2016, l’Universal Periodic Review a rappelé son engagement non tenu à la Belgique. Entretemps, d’autres pays comme la France, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Irlande avaient déjà élaboré des plans nationaux. Certains en sont même déjà à leur deuxième plan. Quatre ans après ce rappel, il est donc urgent aujourd’hui d’effectuer un pas concret vers ce plan d’action interfédéral contre le racisme structurel.

Une liste d’actions prioritaires

L’évaluation d’autres plans belges, par exemple ceux contre la violence homophobe et transphobe, ou de lutte contre la pauvreté, a mis en lumière le fait que, pour obtenir des résultats probants, un plan d’action doit en priorité tenir compte de trois indicateurs majeurs. Le premier est de prévoir un calendrier d’exécution, avec des objectifs concrets et des critères de réussite mesurables pour chaque action. Le deuxième est de prévoir les moyens nécessaires et de désigner plusieurs responsables de sa mise en œuvre. Et le troisième est fort logiquement de prévoir de s’attaquer au racisme institutionnel et structurel, et de combattre structurellement les actes racistes et xénophobes.

S’inscrivant dans ce canevas de balises théoriques, la coalition NAPAR a élaboré une liste d’actions prioritaires consignées dans un document de 65 pages. Cette liste est subdivisée en deux volets : Les actions transversales relatives à tous les pouvoirs publics (État fédéral, Régions, Communautés et communes) et les actions par compétence.

Constats et pistes de solution

Dans le premier volet, apparaissent six axes : veiller à l’implication systématique des acteurs et actrices concerné(e)s, tenir compte de l’intersectionnalité et des formes spécifiques de racisme, assurer une application proactive de la loi entre autres par le biais de testings réactifs et proactifs, confectionner un meilleur cadre juridique pour lutter légalement contre la discrimination, investir durablement dans les organisations antiracistes, et enfin établir un meilleur état des lieux du racisme en Belgique par le biais de la recherche et du monitoring.

Le second volet reprend, pour sa part, une série de onze compétences dans lesquelles la coalition a formulé des pistes de travail. Ces domaines de travail sont le port de signes convictionnels, la police, la justice, migration et racisme, crimes et délits de haine et hate speech (discours haineux), enseignement et éducation, décolonisation (en général, mais aussi dans l’enseignement, les médias et l’espace public), culture et patrimoine, emploi, logement, et bien-être et santé.

Sans entrer dans des détails trop fastidieux, l’ensemble de ces axes a donné lieu à la formulation de pas moins de 331 points, oscillant entre constats et pistes de solution, généralement très concrètes, pour faire barrage au racisme structurel qui gangrène les différentes sphères de l’organisation du pays. Le document parcourt tous les domaines, se voulant de la sorte un relevé le plus exhaustif possible de ce qu’il est urgent d’améliorer en matière de racisme structurel dans le pays. L’idée véhiculée par la coalition NAPAR, à travers ce document, sonne comme un slogan qui appelle à l’action : « construire une société antiraciste avec des politiques justes ». Un vœu affiché en bonne place sur la couverture du dossier de propositions de la coalition…

Dominique Watrin

Plus d’informations sur le mémorandum, ainsi que sur la coalition NAPAR : https://www.naparbelgium.org