Une confrontation entre multiculturalité et interculturalité pour pointer l’importance de l’ouverture

« Mosaïque », le nom éclate comme un symbole de l’assemblage de différences. C’est précisément le mot qui a été choisi pour servir d’intitulé à une série de manifestations mises en place par un panel d’organisations de la région de La Louvière, parmi lesquelles le CeRAIC (Centre Régional d’Intégration de la région du Centre). Au final, à partir d’une exposition et d’un livre axés sur le travail de trois photographes au sein de la communauté musulmane, se sont orchestrées plusieurs activités parmi lesquelles un café citoyen, ou plus précisément un cyber-café citoyen, centré sur une question : « Pourquoi faut-il privilégier l’interculturalité ? »

Au départ, il y a eu le projet d’un trio de photographes qui ont sillonné la Wallonie et Bruxelles pour aller à la rencontre des citoyens et citoyennes de traditions, d’origines et de cultures musulmanes. Ce parcours a débouché sur une exposition et un ouvrage qui livrent des images de vie quotidienne, mais aussi de travail ou de fête, avec des jeunes et des ainés, croyants ou pas, des hommes et des femmes, voilées ou pas. Au total, une soixantaine de photos compilées, accompagnées dans le livre d’un texte de mise en perspective ouvrant les yeux sur cette culture si proche, avec, en filigrane, une idée maîtresse : présenter la partie positive de cette culture pour aller à l’encontre du climat actuel marqué par une montée du racisme qui s’est décomplexé et de la peur de l’autre.

Une hiérarchisation des différences ?

Le principe du café-citoyen, même en ligne, c’est la réelle participation des citoyens. Il s’agit, en fait, d’un espace d’échange, organisé dans un esprit d’ouverture, d’écoute et de respect, pour permettre de donner libre cours à une forme de liberté d’expression. La thématique abordée, cette fois, à La Louvière partait des notions de multiculturel et d’interculturel. Selon Stéphane Mansy, coordinateur local de Picardie Laïque, qui animait les débats, il est essentiel d’aborder ces deux termes en questionnant leur véritable sens. Et de tracer le cadre de la réflexion commune… « Le multiculturalisme est un état de fait, pose-t-il d’emblée. Il existe une multitude de cultures qui cohabitent et vivent ensemble. En revanche, l’interculturalité est une dynamique qui induit trois étapes : la décentration (passer de ce qui me concerne à ce qui concerne les autres), la compréhension (appréhender les mécanismes de l’autre en sortant des stéréotypes, des préjugés et de la stigmatisation) et la coopération (le faire ensemble où chacun s’implique pour le bien commun). » Une vision qui implique de questionner le rapport à l’autre et à la construction du commun.

Que retenir du cheminement des réflexions de ce débat ? D’abord, un ressenti qu’il existe une hiérarchisation des différences : certaines sont connotées plus négativement que d’autres, ce qui pourrait nécessiter de changer les structures pour prendre en compte la diversité et combattre l’injustice culturelle. Comment agir ? Il est constaté que les politiques agissent par rapport aux signaux qui leur sont envoyés et aux demandes qui leur sont formulées. Une action est donc possible à ce niveau, de même qu’auprès des policiers dans la formation desquels il serait intéressant d’intégrer une étude des cultures afin que diminue la différence de traitement des personnes suivant leur origine.

Une lutte commune

Un deuxième axe de réflexion concerne l’espace public. La configuration de celui-ci est considérée comme créant une invisibilité qui fait qu’on ne voit pas ce que certains font. L’idée est qu’on dit que les membres de certaines communautés ne font rien… parce qu’on ne voit pas ce qu’ils font. Autrement dit, il n’y a pas de visibilité de leur action culturelle parce qu’on ne les voit pas. Et, dans ce contexte, seul un réel décentrage peut amener le changement.

Un troisième constat est que le racisme a progressivement glissé vers où il a trouvé de l’espace. On est passé d’un ostracisme racial à un ostracisme culturel, avec toujours, en filigrane, un même principe : diviser les gens.  Aujourd’hui, il ne faut plus se battre comme autrefois sur la question de l’égalité des races, mais pour l’égalité des cultures. Il faut que toutes les cultures apparaissent et existent. Et qu’elles ne soient pas enfermées dans des formes de ghettos, suivant les cultures (comme on pourrait le dire, par exemple, du rap pour la communauté afro). Mais il faut se méfier de toutes les luttes « segmentarisées » et faire se rapprocher les gens dans une lutte commune.

Le quatrième constat est que la représentativité de tous dans la culture doit donner le goût de l’interculturalité. L’idée lancée est qu’il y a une richesse des cultures différentes et que, plutôt que partager les différences, il serait opportun de cultiver les similitudes. L’interculturalité doit se cultiver naturellement, tout simplement. Il existe, par exemple, des vraies convergences entre la culture bantoue et la tradition wallonne du carnaval. Les blocages viennent des gens, mais aussi des institutions. Sur le plan institutionnel, la force politique est que le racisme est un délit. Mais le principe ne suffit pas, il faut l’appliquer. Le politique doit donc activer les armes qu’il a mises en place.

Au final, la conclusion partielle et subjective de ce cyber-café citoyen est que vivre en société est un compromis de tous les jours et qu’il faut arriver à sortir de sa communauté pour aller vers les autres. L’interculturalité est un échange de ressources culturelles pour que la société fonctionne, ce qui en fait un levier de la transformation sociale. Et la notion de diversité est amenée à remplacer progressivement celle d’égalité.

Dominique Watrin

Mosaïque, Photographies de Viviane Stevens, Bénédicte Thomas et Véronique Vercheval du Collectif De Vizu, Textes de Maryam Benayad, Bernard De Vos, Rachid Bathoum et Barbara Moulin, Édité par l’asbl L’Image et l’Écrit, 2020. Contact : devizu.collectif@gmail.com